Sabine Tertre nommée Présidente d’Air Support

Marie CHRISTOPHE
13/07/2017 | 2215 mots | AEROCONTACT | CARRIÈRE
Sabine Tertre nommée Présidente d’Air Support © Sabine TERTRE, Air Support

A 42 ans, Sabine Tertre prend la tête d’Air Support après y avoir évolué progressivement au cours des 18 dernières années. Souriante et dynamique, la jeune femme nous a fait part de son parcours et de sa vision pour les années à venir. 

Pouvez-vous nous parler d’Air Support ?  

Air Support est un MRO (Maintenance, Repair and Overhaul), un atelier de réparation. Nous avons réalisé 17,7 millions d’euros de chiffre d’affaires au 31 mars 2017. Nous avons fait 75% de croissance en deux ans et 33,5% de croissance sur la dernière année. Nous avons deux activités majeures qui représentent 12 millions d’euros de notre chiffre et qui sont essentiellement MRO, donc nous réparons des équipements et notamment des équipements de moteurs, tels que des vannes, des vérins, des réservoirs d’huile etc. Nous avons des équipements cabine puisque nous réparons tout ce qui est inserts de galleys, fours, cafetières, et aussi tout ce qui est éclairage sur l’avion. Les 5 millions d’euros restants, nous les faisons via notre activité d’assistance technique, notamment sur les sièges avant la livraison aux avions neufs.

Nous sommes actuellement 109 en termes d’effectifs, y compris les intérimaires. Nous avons aussi une forte culture export puisque nous y effectuons 49% de notre chiffre d’affaires. 

Dans quel contexte aviez-vous intégré la société ?

J’ai intégré Air Support en 1999. Je suis dirigeante depuis 2004, actionnaire minoritaire dans un premier temps et actionnaire majoritaire depuis le 30 Juin. Aujourd’hui je passe de directrice générale à présidente avec 70% des parts et en m’associant à la société d’investissement IXO Private Equity qui détient les 30% restants. 

Quel a été votre parcours ?

J’ai toujours travaillé dans l’aéronautique, d’abord au sein d’un grand bureau d’études toulousain qui fait maintenant partie de Safran. J’ai eu deux activités ensuite toujours dans l’aéronautique, puis je suis arrivée chez Air Support. 
Pour la petite histoire, j’ai connu François Thibert sur le salon du Bourget en 1997. Je suis arrivée à un moment où quelqu’un faisait un scandale peu approprié. Nous avons beaucoup ri et sommes allés diner ensemble avec l’équipe. J’ai intégré l’entreprise deux ans plus tard et cela fait aujourd’hui 18 ans que j’y suis. On peut dire que j’ai atteint la majorité ! 

A quoi ressemblait Air Support il y a 18 ans ?

A mon arrivée, nous étions une dizaine de personnes. Tout était à faire, passer de 100 à 150 c’est toujours plus facile que de 10 à 100. Il fallait structurer toute la société, les services support, les achats, les ressources humaines, le commercial, etc. Nous sommes quasiment partis de zéro pour arriver à ce que nous sommes aujourd’hui, donc une société organisée avec un modèle qui fonctionne bien et des services structurés qui peuvent absorber une croissance plus forte. 

Considérez-vous votre parcours progressif au sein de la société comme un atout ?

Oui, je connais la société par cœur ! J’ai occupé à peu près tous les postes, de responsable de production, aux ressources humaines, en passant par les achats : quand on est 10 et qu’on construit une société, il faut savoir tout faire ! Il y a des phases où il faut savoir changer. Il y a quelques années, et pas si lointaines, j’ai été responsable de production pendant 12 à 18 mois parce que je n’étais pas satisfaite et que je voulais me rendre compte par moi-même de ce qui serait efficace ou pas. Il faut savoir se remettre en question. Je connais très bien tous les rouages de la société ce qui permet de créer un modèle qui fonctionne et qui soit surtout très flexible par rapport à la variation de charges. Effectivement, je pense que c’est un réel atout aujourd’hui. 

Comment vous positionnez-vous en tant que femme et Présidente ?

Je suis fière d’être une femme PDG dans le secteur aéronautique ! Je ne suis pas très féministe dans l’âme, mais il faut avouer que j’ai dû me battre pour en arriver là. Nous devons faire plus nos preuves en tant que femmes ; je revois des éditions du salon du Bourget où l’on ne me prêtait que peu d’attention et lorsque je sortais ma carte de visite sur laquelle il était mentionné « DG » le regard changeait du tout au tout. Après des années de lutte, il faut savoir en faire un atout. Aujourd’hui au sein des équipes, il n’y a aucun souci, ils ont l’habitude et me connaissent bien. De mon côté, je me dis que rien n’est jamais acquis, c’est un challenge permanent. 

Votre passion pour l’aéronautique s’exprime-t-elle aussi sur votre temps libre ?

Non, j’aime voler, mais ne suis pas pilote. Air Support me prend beaucoup de temps, c’est ça ma véritable passion ! 

Quels sont vos projets pour Air Support ?

Il y a pas mal de projets à l’heure actuelle. Sur la MRO, une véritable stratégie d’investissement puisque nous voulons vraiment élargir notre liste de capacités pour aller vers de nouveaux moteurs. Nous sommes présents sur le CFM56 et le GE90, nous allons nous développer sur le CF34 et nous nous positionnons également sur le LEAP. Nous allons lancer au moins 500 000 Euros de bancs d’essai pour effectivement développer cette compétence. Ensuite, nous avons une politique sur l’assistance technique de croissance assez forte avec deux projets. L’un qui est la création d’une filiale aux Etats-Unis - ce sera soit à Seattle soit à Charleston d’ici la fin de l’année 2017 - dont l’objectif sera la même activité que nous avons chez Airbus, mais au service de Boeing. Nous avons aussi un gros projet en Asie. 

Envisagez-vous une expansion à l‘international ? 

Sur la partie assistance technique oui, sur la partie MRO c’est moins vrai. La croissance de la partie MRO se fera davantage sur de la croissance externe, donc l’acquisition de sociétés qui nous permettra de gagner des parts de marché. Cela peut être à l’étranger, mais pas forcément. 

La création de filiales implique-t-elle du recrutement ?

Un ou deux salariés partiront du siège pour transmettre et surtout encadrer le savoir-faire technique. Le recrutement se fera localement, selon les règles américaines de protection de l’emploi. Pour l’Asie, ce sera une équipe qui partira d’ici car ce sont des compétences qui ne sont pas détenues sur place, nous avons donc une véritable valeur ajoutée. 

Quelles sont les difficultés que vous pouvez rencontrer dans le secteur ? 

La difficulté du secteur de la maintenance, c’est que nous n’avons pas la vision d’un plan de charge sur trois ans, où tout est écrit, où les approvisionnements savent ce dont on a besoin parce qu’il y a une gamme et qu’il faut toutes les pièces de la gamme et rien d’autre. En maintenance, les contrats sont en général non exclusifs, à part pour les trains d’atterrissage - mais nous n’en faisons pas -, et les moteurs - pour lesquels il y a une maintenance programmée, là encore sans engagement puisque nous sommes au niveau équipement. Donc nous découvrons ce que nous allons réparer le jour même ou quelques jours en avance. Il peut y avoir des pics de charge de travail assez forts et que l’on ne peut pas prédire : il faut s’adapter en permanence et avoir un modèle assez flexible pour pouvoir honorer le TAT, le Turn Around Time. En atelier, le délai de réparation, c’est le nerf de la guerre : nous avons 10 à 15 jours calendaires suivant les contrats avec un objectif de respect à 96%. Nous sommes plutôt à 98%, et ce depuis plusieurs mois. C’est surtout la stabilité dans la performance qui est extrêmement importante pour nos clients. Nous parlions des approvisionnements et, en maintenance, il y a toujours la pièce à changer, mais aussi celle qui n’a jamais cassé et qu’il faut subitement remplacer donc il faut être très réactif et ce modèle doit être bien huilé.

Comment recrutez-vous ? 

Nous utilisons toujours le site Aerocontact.com pour nos recrutements ! Nous avons été un des  premiers utilisateurs de la plate-forme, et nous sommes ravis de continuer notre collaboration. Nous sommes à la recherche de commerciaux, d’acheteurs, d’approvisionneurs, ou encore de techniciens. Ces postes « pénuriques » restent  les plus compliqués à pourvoir pour les PME. J’en profite pour faire un appel à candidature... Nous sommes aussi très fervents de l’apprentissage.

Recrutez-vous des intérimaires pour être adaptable ? 

Nous n’utilisons aucun intérimaire sur la partie MRO car nous avons besoin de personnes extrêmement qualifiées. Sur la ligne d’assemblage d’Airbus en revanche, l’activité est plus variable et risquée, ce que nous permettent de gérer les intérimaires. 

Comment gérez-vous les évolutions du secteur ? 

C’est en effet un secteur qui bouge en permanence et il faut savoir s’adapter. Des partenaires se regroupent, aujourd’hui nos clients sont plus de gros MRO comme des MRO Moteurs, comme Safran Aircraft Engines, ou des MRO avions, comme Air France Industries ou Lufthansa Technik, ou des avionneurs comme Dassault, Embraer ou ATR. Nous n’avons quasiment plus de clients compagnies aériennes en direct, preuve que les choses évoluent. Mais cela pimente notre quotidien, on ne s’ennuie pas ! 

Air Support c’est aussi une excellente équipe et c’est très important pour moi. Ces 18 ans ont été jalonnés par la construction des équipes, des managers et collaborateurs et aujourd’hui tout le monde est très motivé, « perfusé » au service du support et du client et c’est vraiment important pour notre réussite. Les profils sont essentiellement techniciens, avec des Bac Pro, BTS, DUT etc. Au bureau technique, ce sont des ingénieurs, et côté administratif, il y a des profils variés sur les différentes fonctions support. 

Comment envisagez-vous de fêter le quart de siècle d’Air Support ? 

Cette année, nous avons fêté les 25 ans de la société au mois de juin. Nous les avons fêtés au Bourget avec nos clients et nous célébrerons l’événement avec les familles à la rentrée en organisant des journées portes ouvertes.

Quels sont les événements à venir ?

Côté salons, nous en avons deux à venir : MRO Europe à Londres du 3 au 5 octobre et début novembre le MRO Asia. 

Propos recueillis par Marie CHRISTOPHE

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