par Julien Toyer
BRUXELLES, 30 juin (Reuters) - L'Airbus A310-300 de Yemenia qui s'est abîmé dans la nuit de lundi à mardi près des Comores avait entraîné en 2007 l'ouverture d'une enquête de l'Union européenne sur la compagnie yéménite, a déclaré mardi un responsable de la Commission europénne.
Une porte-parole de l'Agence européenne de sécurité aérienne a en outre déclaré à Reuters que l'Union européenne avait suspendu en février l'autorisation de maintenance de Yemenia pour les avions immatriculés en Europe à l'issue de plusieurs inspections non satisfaisantes.
"En juillet 2007, cet avion nous avait fourni l'occasion d'ouvrir une enquête sur la politique de Yemenia en matière de sécurité", a dit à Bruxelles un membre de l'exécutif communautaire qui a requis l'anonymat.
"Nos soucis concernaient des manquements aux procédures et aux contrôles de suivi (...). Les Etats membres ont mené 24 inspections sur deux ans qui ont montré des améliorations", a-t-il ajouté.
De son côté, le secrétaire d'Etat aux Transports, Dominique Bussereau, a indiqué que l'appareil accidenté avait été contrôlé en 2007 en France, ce qui avait permis de constater des défauts. L'avion n'était pas réapparu dans l'Hexagone depuis.
La suspension de l'autorisation accordée par l'Agence européenne de sécurité aérienne ne concerne pas l'Airbus A310 qui s'est abîmé au large des Comores, puisque l'appareil était immatriculé au Yemen, mais elle illustre les inquiétudes de la Commission européenne.
"(Yemenia) a été suspendue fin février à la suite du résultat de récents audits", a dit à Reuters une porte-parole de l'agence. "Suspension ne signifie pas révocation. (L'autorisation) peut être accordée à nouveau si des mesures correctives sont mises en place".
LISTE NOIRE MONDIALE
L'avion qui est parti de France avait passé les contrôles nécessaires "mais il a été changé à Sanaa", a insisté le commissaire européen en charge des Transports, Antonio Tajani, ajoutant qu'il contacterait les responsables de la compagnie pour obtenir des détails de l'accident.
A l'issue d'une réunion mardi après-midi au sujet de l'accident avec le directeur exécutif de l'Agence de sécurité aérienne, Patrick Goudou, le commissaire a indiqué dans un communiqué que "la compagnie Yemenia Airways (avait) été invité toute de suite à comparaître devant le comité de sécurité aérienne européen pour faire le point de la situation".
Cette rencontre doit notamment permettre de contrôler le niveau de sécurité appliqué par la compagnie - qui ne faisait pas partie de la liste noire européenne - avant la publication d'une liste actualisée dans les prochaines semaines.
"Sur l'angle réglementaire, il a été convenu avec l'AESA d'accélérer les règles de mise en oeuvre de la sécurité aérienne pour des opérateurs des pays tiers", a par ailleurs indiqué l'exécutif communautaire dans le communiqué.
Le commissaire européen a ainsi déclaré à la presse qu'il proposerait prochainement à ses partenaires de l'International Civil Aviation Organization (Icao) de créer une liste noire aérienne mondiale.
"Mon idée c'est de proposer une liste noire mondiale semblable à celle utilisée dans l'UE", a-t-il dit.
"Je suis convaincu qu'il faut avoir une liste noire mondiale (...). Mais ce n'est pas une décision que peut prendre l'UE. C'est l'Icao qui doit prendre cette décision", a-t-il ajouté.