PARIS, 5 février (Reuters) - Les recherches de l'épave du vol Air France 447, qui a fait 228 morts en s'abîmant dans l'Atlantique le 1er juin 2009, vont reprendre dans les prochaines semaines avec une équipe internationale.
Trois navires spécialisés dans la recherche dans les hauts fonds très accidentés, qui vont jusqu'à 8.000 mètres de profondeur, seront envoyés sur une zone d'environ 1.500 km2 située au large du Brésil, dix fois moins vaste que celle explorée en juin, a-t-on appris de source judiciaire.
"Notre objectif est que les recherches démarrent à la fin du mois de février", a confirmé vendredi une porte-parole du Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), l'organisme français chargé de l'enquête administrative, qui n'a toujours pas rendu de conclusions définitives sur les causes de la catastrophe.
L'appel d'offres n'est pas encore finalisé et le dispositif final n'est donc pas encore officiel, a-t-elle précisé.
Il s'agira d'une opération quasiment sans précédent dans l'histoire de l'aéronautique, "très lourde et très complexe à monter", a précise la porte-parole.
Un groupe de travail composé de spécialistes internationaux a été constitué en octobre. Air France et Airbus ont dégagé un budget de dix millions d'euros mais celui-ci pourrait être largement dépassé.
Un officier de police judiciaire sera intégré dans le dispositif afin de garantir que les pièces qui seraient retrouvées soient placées sous scellé.
Deux juges d'instruction parisiens, Sylvie Zimmermann et Yann Daurelle, sont chargés d'une information judiciaire sur l'accident pour "homicides et blessures involontaires".
PAS ENCORE DE CONCLUSION
Des associations de familles de victimes, parmi lesquelles figurent 72 Français, se sont constituées parties civiles et disent craindre qu'on leur cache la vérité si elle se révèle gênante pour l'aéronautique française.
Elles mettent en cause l'indépendance du BEA et s'estiment mal informées.
Jusqu'à présent, seuls des morceaux de l'appareil, dont son empennage, ont été repêchés en mer, ainsi qu'une cinquantaine de corps. Les débris ont été stockés dans un centre de recherche à Toulouse.
Le BEA a déclaré dans ses rapports d'étape que ces éléments ne permettaient pas de conclure sur les causes de la chute de l'appareil.
Toutefois, Air France a remplacé après l'accident les sondes de mesure de vitesse Pitot fabriquées par le groupe français Thales à la demande des syndicats de pilotes.
Ces derniers estiment qu'en gelant à haute altitude, les sondes Pitot peuvent transmettre de fausses informations au système informatique de l'avion.
Cependant, la justice juge toute conclusion impossible sans la découverte de nouveaux éléments, en particulier les "boîtes noires" de l'AF447, les enregistreurs de données de vol et de conversations des pilotes.
"Sans les boîtes noires, toutes les conclusions sur les sondes resteront de la littérature", a déclaré une source judiciaire interrogée par Reuters.
(Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse)