La filière aéronautique tend les bras à la jeune génération

Marie Christophe

07/06/2017 | 1302 mots | AEROCONTACT | CARRIÈRE
La filière aéronautique tend les bras à la jeune génération © Airbus SAS - 2016 - A. DOUMENJOU


Le constat

Le compte à rebours est lancé. D’ici une dizaine d’années, l’industrie aéronautique européenne, aussi performante soit-elle, verra 50% de sa main d’œuvre partir à la retraite. La nécessité de recruter devient urgente, mais le secteur reste difficilement attractif pour les jeunes. En France, malgré un taux de chômage important, ils ne se tournent pas forcément vers cette industrie, qui les inspire peu, souvent par méconnaissance ou croyance de ne pas avoir le niveau requis. Le constat se fait principalement au niveau des postes en production et en maintenance.

Patrick Gandil, Directeur Général de la DGAC, souligne que « le recrutement des jeunes constitue une condition sine qua non à la vie et à la survie de la filière, enjeu vital pour notre pays, puisqu’elle est à l’origine du premier solde excédentaire de notre balance commerciale. L’attractivité de cette filière ainsi que sa capacité à retenir des jeunes et à les faire monter en compétence sont essentielles pour innover et s’adapter aux évolutions. »

Et pourtant, la filière est porteuse. 350 000 emplois au total en 2016, dont 10 000 embauches au cours de l’année et une situation globalement favorable, en comparaison avec les autres filières industrielles. « Différents secteurs, comme l’aviation d’affaires, ont un potentiel de développement considérable » souligne Jean-Paul Herteman, Président d’Honneur du Gifas.

Des filières techniques délaissées

La formation est une première explication. De façon générale, les formations d’ingénieurs sont particulièrement reconnues en France comme étant efficaces. Celles dédiées à l’aéronautique sont cependant insuffisantes et trop généralistes. Les lycées et autres instituts techniques sont négligés en dépit des efforts fournis et des débouchés possibles. Les filières techniques sont délaissées au profit des programmes d’ingénieurs, bien que l’industrie en ait cruellement besoin. Frédéric Lherm, Directeur des Opérations industrielles chez Dassault Aviation souligne « Certes, Dassault Aviation emploie de nombreux ingénieurs, mais il n’est pas nécessaire d’être diplômé d’un master pour y travailler ».

La vision des plus jeunes est autre : dans une époque où le turnover est de plus en plus important, intégrer une filière généraliste permet aussi de se reconvertir plus facilement. Frédéric Lherm précise cependant qu’un employé motivé à évoluer peut avoir accès à de nombreuses opportunités : « Les employés peuvent se tourner vers les métiers relevant des méthodes de production ou du management, des formations complémentaires pouvant leur être offertes à cette fin. Des ouvriers peuvent ainsi devenir chefs d’unité de production. D’autres, soucieux de la progression de leur métier, peuvent se consacrer à la formation des nouvelles recrues. Nous sommes attachés à l’ascenseur social, moteur de l’accomplissement des employés au sein de notre Entreprise et de sa progression ».

Les formations ne sont pas non plus toujours en adéquation avec les besoins de l’entreprise et de l’industrie et manque de proactivité pour répondre à l’évolution du secteur. Ainsi Alain Kerbel, PDG de Sedemeca explique que « le système éducatif manque d’agilité par rapport aux évolutions rapides de notre monde qui nécessite des experts très pointus ».

Les solutions

L’apprentissage est une première réponse.

Marc Jouenne, DRH d’Airbus-France met en avant « la participation de l’entreprise à la formation des jeunes à travers la politique d’alternance. Nous sommes convaincus qu’un parcours en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation contribue à améliorer l’intégration des jeunes dans l’entreprise ». Il ajoute que « l’apprentissage, associant la formation initiale théorique, la formation pratique et l’accompagnement du jeune par un tuteur, constitue une voie d’excellence et de développement, tant pour les jeunes que pour les tuteurs que nous sélectionnons soigneusement ».

L’utilisation des réseaux sociaux

Il est clairement identifié que les plus jeunes sont très sensibles aux vitrines des entreprises sur les réseaux sociaux. Ces derniers sont des outils indispensables pour recruter. Les jeunes sont particulièrement sensibles à l’image et la dynamique de l’entreprise se reflète, pour eux, aussi beaucoup sur les réseaux. Les témoignages sont également très appréciés : le besoin de s’identifier au parcours professionnel d’un ou une salarié(e) permet de concrétiser la vision d’un métier qui peut sembler parfois abstrait ou inaccessible.

L’entreprise engagée

En quête de repères, la jeune génération attend de son entreprise un engagement sur des thématiques qui lui tiennent à cœur. Le bien-être au travail, mais aussi la participation à des défis sportifs, des actions humanitaires ou écologiques sont autant de facteurs susceptibles d’attirer les jeunes.

Communiquer pour supprimer les préjugés

De façon générale, les filières techniques ont mauvaise presse. La génération actuelle des parents est réticente à voir ses « bambins » avec « les mains dans le cambouis », sans parler des jeunes filles. Cela peut sembler s’apparenter à des a priori, mais l’influence parentale est grande dans le choix d’orientation des jeunes, encore incertains. Stéphane Fort précise : « Nous devons lutter contre les préjugés selon lesquels les métiers de la conception vaudraient mieux que ceux de la production, et que le travail au sein de grands groupes surpasserait celui réalisé dans les PME ». Les professeurs peuvent aussi pousser vers des filières généralistes. Or la valeur ajoutée des voies techniques est toute aussi intéressante. Frédéric Lherm souligne : « Le monde de la formation et de l’enseignement doit comprendre qu’il est possible de réussir de façon magistrale sans être ingénieur et que les talents ne sont pas qu’intellectuels ».

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