Portrait de Christophe Lamaison : flight surgeon aux Nations Unies

Stéphanie Pansier-Larique
07/03/2019 | 1675 mots | AEROCONTACT | CARRIÈRE
Portrait de Christophe Lamaison : flight surgeon aux Nations Unies © Christophe Lamaison

Mai 1918. La fin de la première Guerre Mondiale approche. Le colonel Théodore Lyster, chirurgien en chef de la section aviation de l’armée américaine faisant partie des pionniers en matière de médecine aéronautique, démontre l’importance de standards médicaux destinés aux pilotes en créant le rôle de chirurgien de bord dans les unités aériennes. Ces derniers voient leur rôle s’étoffer, jusqu’à être rapidement déployés avec leurs unités lors des combats afin d’agir directement sur place. Le métier de « flight surgeon » est alors créé. Un siècle plus tard, nous avons rencontré l’un de ces médecins des airs, Christophe Lamaison.

« Dans le ciel de Pau : les débuts de l’aviation » - J-L Maffre

La passion pour l’aéronautique touche très tôt Christophe. « Je suis né à Pau, au sein du berceau de l’aéronautique française. J’ai donc grandi près des installations qui ont accueilli ou formé des pionniers de l’aviation tels que les frères Wright, Paul Tissandier, Voisin, et autres Georges Guynemer » confie-t-il. Cela dit, au fil du temps, Christophe se découvre une seconde passion : la médecine. « Je voulais être pilote de chasse ou médecin. Étant porteur de lunettes, l’évidence s’est imposée à moi j’ai choisi la médecine » explique-t-il. Quelques années plus tard, après avoir validé sa thèse de médecine en 1990 et la capacité de médecine aéronautique en 1994 à la faculté de médecine de Toulouse, Christophe s’installe comme remplaçant puis médecin de campagne dans le Lot. Malgré un emploi du temps chargé, celui qui rêvait plus jeune devant les Têtes Brûlées et ne manquait jamais un épisode du magazine Pégase, n’oublie pas sa première passion. Il accumule donc les remplacements afin de pouvoir financer sa licence de pilote privé puis ses premiers cycles de voltige et premières compétitions au sein de l’aéroclub de Villeneuve sur Lot grâce à son instructeur et ami Charles. Christophe a ainsi cumulé près de 200h en voltige sur Cap 10 et a volé au total 600h.

« Sur mer et au-delà des mers, toujours au service de l'Homme » - Devise du service de santé des armées de Bordeaux

Après une dizaine d’années passées comme médecin de campagne et propharmacien dans le Lot, Christophe cède finalement son cabinet en 2004 pour se rapprocher de sa famille à Toulouse. Son rêve de travailler dans l’aviation se réalise enfin en 2005 lorsque l’armée recrute des médecins civils. Commence alors une nouvelle carrière de médecin au sein de la Marine Nationale où il est tour à tour affecté comme médecin sur les frégates Lafayette puis Jean De Vienne. En 2007, il est détaché pendant quatre mois au sein de l’IMASSA (Institut de Médecine Aérospatiale du Service de Santé des Armées) situé sur la base de Brétigny sur Orge pour y valider le brevet de médecine aéronautique et spatial (BMas), brevet jusqu’alors destiné aux futurs « flight surgeons ». « Là, nous alternions entre cours académiques et visites de bases aériennes toutes les deux semaines, dont celle de Salon de Provence pendant 15 jours » explique Christophe. « Je me souviens que le test d’entrée fut pour moi assez facile puisque j’étais passionné d’aéronautique et que je pilotais. Comme j’ai eu une excellente note, notre chef m’a proposé de partir en vol avec lui à chaque fois que je le voudrais. C’est comme ça que j’ai pu piloter le Tucano. À 41 ans, c’était en quelque sorte un rêve qui se réalisait. »  
Son contrat pour la Marine Nationale dure quatre ans, avec la possibilité de le reconduire. Cependant, ayant appris qu’il ne serait finalement pas médecin du personnel navigant de l’Aéronautique Navale, poste réservé aux plus jeunes, il préfère non sans regret quitter la Marine. Entre 2004 et 2008, Christophe a navigué pendant deux ans. Durant ses diverses missions en mer, il a pu notamment participer à l’évacuation des ressortissants français lors de l’Opération Baliste au Liban.

« La vocation, c’est avoir pour métier sa passion. » - Stendhal

« Sur mon temps libre, j’ai continué de me former à la médecine et ai passé ma capacité de médecine d’urgence et des catastrophes à la faculté de médecine de Bordeaux » raconte Christophe. Rapidement une nouvelle opportunité se dessine. « Mon ancien chef dans la Marine Nationale m’a contacté ayant vu une offre d’emploi susceptible de m’intéresser » confie-t-il. Sur ses conseils, et fort de ses diplômes de médecine aéronautique et de sa nouvelle spécialité d’urgentiste, Christophe Lamaison postule donc comme « flight surgeon » (médecin de l’air) dans cette société qui réalise principalement des évacuations sanitaires en Afrique. Après un an et demi à faire ses preuves, il est affecté à la base de Lagos, au Nigeria.

C’est ainsi que de 2012 à 2014, Christophe travaille comme médecin de l’air à bord d’un Learjet 45. « En vol, il y a le pilote, le copilote, le « paramédic », une sorte de « super infirmier », et moi. Nous réalisons des évacuations sanitaires d’Afrique vers toutes les capitales européennes pour les patients les plus sévères » explique-t-il. Avant d’ajouter « une fois la porte de l’avion fermée, on est tout seul face à notre patient, il faut le gérer. Quoiqu’il arrive il faut toujours faire face. Ça nous est parfois arrivé de ne pas avoir le temps de monter dans l’appareil, il fallait donc intuber un patient à même le tarmac en Afrique ! » Christophe nous précise qu’à bord de l’avion se trouve plus de 150 kg de matériel médical et qu’il y a parfois deux patients en même temps. « Il faut dire que c’est une certaine logistique. »

L’ambulance des airs ayant pris fin, Christophe reste malgré tout comme « Chief Medical Officer » à la clinique de Lagos jusqu’en 2016, date à laquelle il postule aux Nations Unies en tant que « flight surgeon ». Le poste est basé à Kidal, au nord du Mali, sur une base voisine de celle où sont stationnés les militaires français participant à l’opération Barkhane. « Cette fois c’est à bord d’un hélicoptère Mil Mi-8 d’une capacité de plus de 12 blessés et comprenant jusqu’à neuf civières que j’agis. Au coup de sifflet bref il faut décoller. »

« Choisis un travail que tu aimes et tu n’auras jamais à travailler un seul jour de ta vie. » - Confucius

Christophe Lamaison fait sans aucun doute partie de ceux qui ont su appliquer avec brio le célèbre adage de Confucius. Car en effet, à ce jour, Christophe continue d’être passionné par la médecine et l’aviation, mais aussi d’être animé par la passion du métier qu’il exerce, un métier dans lequel il avoue « qu’on ne s’ennuie jamais ». Lors de ses temps libres, il continue à apprendre, à se former, et à travailler comme médecin urgentiste au sein d’un hôpital.

La plupart des médecins ayant choisi une carrière en médecine diront que c’est parce qu’ils aiment aider les autres, mais pour un médecin passionné d’aéronautique tel que Christophe Lamaison, quel meilleur choix de carrière que « flight surgeon » pouvait-il y avoir ?


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