Portrait Oumaïma Mhibik, ingénieure R&D pour Airbus Defence & Space

Stéphanie PANSIER-LARIQUE
25/07/2019 | 2377 mots | AEROCONTACT | CARRIÈRE
Portrait Oumaïma Mhibik, ingénieure R&D pour Airbus Defence & Space

Cette semaine la rédaction est allée à la rencontre d’Oumaïma Mhibik, une jeune femme dont la passion et l’envie de changer le monde déjà enfant l’ont aujourd’hui conduit à devenir ingénieure en recherche et développement au sein d’Airbus Defence and Space. Entretien.

« N'oubliez pas de regarder les étoiles et non pas à vos pieds. Essayez de comprendre ce que vous voyez et de vous interroger sur ce qui fait l'existence de l'univers. Soyez curieux ! » – Stephen Hawking

Oumaïma Mhibik grandit en banlieue parisienne auprès de ses quatre frères et sœurs et de leurs parents. Ces derniers ayant « interrompu leur scolarité très tôt, bien avant le bac », ils ont donc tout naturellement souhaité que leurs enfants aient un avenir meilleur que le leur. « J’étais de base une enfant très curieuse mais ce sont eux qui m’ont encore plus donné envie d’apprendre, qui ont nourri mon ambition et qui m’ont permis de devenir un jour ingénieure », nous confie-t-elle.

Depuis son plus jeune âge, Oumaïma déborde en effet de curiosité, s’interrogeant inlassablement sur le monde et le fonctionnement des objets qui l’entourent. « Petite, je me souviens que je me posais énormément de questions sur tout ce que je voyais. Par exemple, comment un objet tel qu’une simple télécommande pouvait nous permettre de changer des chaînes à distance. Je voulais être non seulement capable de répondre à toutes les questions que j’avais, mais aussi de créer, afin d’être en quelque sorte actrice de ce monde. Et le métier d’ingénieur semblait pouvoir être en mesure de m’apporter tout cela », témoigne Oumaïma. « En plus de ma curiosité naturelle s’ajoutait une grande fascination pour l’aéronautique et le spatial qui m’ont toujours fait rêver, j’ai donc très tôt eu en moi cette volonté de changer le monde, et notamment grâce aux moyens de ces secteurs-là », continue-t-elle.

« J’ai adoré ma première année de prépa car j’ai énormément appris. J’ai aussi surtout découvert quelles étaient mes capacités réelles. »

Animée par le désir d’un jour travailler dans l’ingénierie, Oumaïma travaille sans relâche afin de se donner les moyens de réaliser ce rêve. C’est ainsi qu’en 2012, après une scolarité exemplaire dans un lycée très modeste de Pantin, parachevée par une mention « TB » au baccalauréat, celle-ci est sélectionnée pour intégrer une classe préparatoire aux grandes écoles PCSI (Physique Chimie Sciences de l’Ingénieur) au sein du lycée Charlemagne, situé dans le 4ème arrondissement de Paris. « Venant d’un lycée mal classé, je dois reconnaître que j’avais très peur d’être perçue comme la petite "banlieusarde", j’avais la sensation qu’en intégrant cette prépa parisienne j’allais devoir encore plus faire mes preuves, un peu comme pour prouver que je méritais ma place. Finalement j’ai trouvé auprès de mes camarades énormément d’entraide », nous raconte-t-elle.

En effet, malgré des aléas de la vie l’ayant privée de plusieurs semaines de cours, Oumaïma valide sa première année de prépa. « J’ai adoré ma première année car j’ai à la fois énormément appris et ai surtout découvert quelles étaient mes capacités réelles. Au cours de l’année, j’ai eu un problème médical qui m’a fait manquer deux mois de scolarité, mais mes camarades ont été extraordinaires, ils m’ont apporté les cours à l’hôpital. J’ai validé mon année grâce à eux, grâce à cette solidarité » déclare-t-elle.

Admise en deuxième année, Oumaïma souhaite toutefois se spécialiser davantage dans l’ingénierie. Celle-ci fait donc rapidement une demande d’inscription pour une prépa PSI (Physiques et Sciences de l’Ingénieur), au lycée Saint Louis, grâce au partenariat entre les deux établissements. Pour gagner du temps de trajet elle fait une demande d'internat nécessitant une lettre de motivation.« Dans ma lettre de motivation, j’ai mentionné le souci de santé eu l’année précédente en plus du fait que j’avais besoin de l’internat pour gagner deux heures de temps de transport chaque jour, ce qui n’est pas négligeable en classe préparatoire ! », dit-elle, avant de poursuivre « À ma grande surprise, l’infirmière de Saint Louis m’a dit qu’elle avait soumis mon dossier auprès d’une association pour l’égalité des chances « Maison des jeunes talents », qui permet (entre autres) aux jeunes étudiants de bénéficier d’un logement gratuit sur Paris et ainsi d’un cadre propice à la réussite. Grâce à cette infirmière et cette association j’ai non seulement été admise dans cette prépa mais j’ai eu la chance d’obtenir une chambre à l’internat situé à tout juste 2 min à pieds. Je leur en serai toujours reconnaissante. Ça m’a beaucoup aidé, sans mentionner le fait d’être entourée par des personnes elles aussi en prépa qui m’ont permis de me sentir beaucoup moins seule. »

Oumaïma enchaîne les bons résultats. Après sa deuxième année, elle décide de se spécialiser en aéronautique et aérospatial, mais dans l’éventualité où finalement cela ne lui plairait pas, son choix se porte finalement sur une école généraliste, afin de ne se fermer aucune porte. « J’ai choisi d’intégrer l’École Nationale Supérieure des Mines de Saint-Étienne située à Gardanne car celle-ci avait des débouchés en aérospatial. Ainsi, d’une formation au départ ingénieur généraliste j’ai pu me spécialiser au fur et à mesure de mon avancée et être encore plus sûre de ma volonté de travailler dans l’aviation » raconte-t-elle.

« Découvrir ainsi l’aviation m’a énormément plu et m’a conforté dans mon choix. Je me suis dit maintenant c’est sûr, c’est dans ce domaine-là que je veux travailler »

En deuxième année d’école d’ingénieur, les élèves doivent réaliser pendant plus de quatre mois un projet industriel pour le compte d’un client d’une entreprise. Oumaïma nous confie alors que « l’un des projets était le "Air Space Drone" qui consistait en la conception d’un système de détection et d’évitement pour drones. J’ai choisi celui-ci pour découvrir le milieu aéronautique et confirmer ou non vouloir travailler dans ce secteur. Ça n’a fait que renforcer mon envie, j’ai adoré ! »

En 2016, alors qu’elle est en troisième année, Oumaïma s’aperçoit qu’il lui est possible de réaliser via son école un stage de 6 mois au sein de la Force Aérienne Argentine. « Nous avions le choix entre partir tout un semestre à l’étranger lors d’un échange académique ou rester en France afin de se spécialiser. J’ai choisi de partir et de faire mon semestre là avec pour objectif de découvrir encore plus le monde de l’aérospatial, avec ses aspects civils et militaires. Ça m’a énormément plu et m’a conforté dans mon choix. Je me suis dit maintenant c’est sûr, c’est dans ce domaine-là que je veux travailler » déclare-t-elle.

Devant réaliser un stage de fin d’études en entreprise à son retour en France, Oumaïma postule à Airbus et Airbus Defence & Space. Grâce à son passage auprès des Forces Aériennes Argentines, elle est plus motivée que jamais à devenir ingénieure en aérospatial. La réponse tant attendue lui parvient : elle est sélectionnée pour intégrer en 2017 Airbus Defence & Space en tant que stagiaire. « Nous étions deux stagiaires et nos chefs et collègues nous faisaient confiance. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me sentir actrice d’un ensemble, travaillant à la fois au développement et à la création d’un projet, simplement car nos avis comptaient. En faisant ce stage chez Airbus Defence & Space, je me suis aperçue que j’étais en train de réaliser mon rêve de petite fille », nous confie Oumaïma.

« À chaque fois que je suis assise à mon bureau, je me dis que ce que je suis en train de faire volera un jour dans l’espace et ça contribue à me faire rêver tous les jours. Depuis que j’ai intégré Airbus Defence & Space, je dois reconnaître que je réalise chaque jour mon rêve de petite fille »

À la fin de son stage, Oumaïma est finalement embauchée en janvier 2018 comme ingénieure électrique au sein d’Airbus Defence & Space. Elle est depuischef de projet d’études en Recherche et Développement pour de nouveaux générateurs solaires.« Mon travail au quotidien consiste à répondre à des questions du genre "Comment optimiser la masse d’équipement dans un satellite ou comment réduire les coûts ", mais malgré le stress, la charge de travail conséquente et le travail difficile, ce que je fais a un impact. Et à chaque fois que je suis assise à mon bureau, je me dis que ce que je suis en train de faire volera un jour dans l’espace et ça contribue à me faire rêver tous les jours. Depuis que j’ai intégré Airbus Defence & Space, je dois reconnaître que je réalise chaque jour mon rêve de petite fille », nous explique-t-elle.

Si Oumaïma Mhibik avait un conseil à donner, ce serait « de croire en ses rêves et de ne rien lâcher, car tout est possible. Ce n’est pas la vie qui nous met des bâtons dans les roues, c’est nous-mêmes. Il faut donc se donner les moyens de réussir, car c’est avec détermination et ambition que nous pouvons réaliser nos rêves. En ce qui me concerne, je ne pensais pas que c’était un jour possible de parvenir là où j’en suis actuellement. Mais une chose est sûre, j’y suis, et je suis fière de pouvoir dire "j’ai réussi" ». Après notre entretien, il est certain qu’Oumaïma Mhibik, toujours aussi passionnée et déterminée, ne compte pas s’arrêter-là : « Place aux autres rêves désormais car il ne faut jamais cesser de rêver.»


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