Pilote de chasse au sein de l’Armée de l’air

Claude Bigeon
11/03/2020 | 1544 mots | AEROCONTACT | CARRIÈRE
Pilote de chasse au sein de l’Armée de l’air © Armée de l’air / Ministère des armées

Le capitaine Serge est pilote de chasse à la 30e Escadre de la base aérienne 118 de Mont de Marsan. A 28 ans, il a déjà cumulé deux années d’expérience comme pilote de chasse opérationnel. Le parcours est assez long pour vivre un métier atypique. Rencontre avec un militaire passionné.

Quel a été votre parcours pour devenir pilote de chasse ? 
J’avais déjà envie de devenir pilote de chasse lorsque j’étais au lycée. Après un Bac S, j’ai suivi deux années de classes préparatoires, Maths Sup, Maths Spé, à Paris. Puis j’ai intégré l’Ecole de l’air à Salon-de-Provence pour suivre la filière de formation du personnel navigant, c’est-à-dire celle de pilote. Il y a aussi d’autres filières au sein de cette école. On accède à cette filière en fonction des résultats au concours d’admission et aussi après une visite médicale d’une journée. Dans les grandes lignes, l’aptitude médicale est déterminée après des tests de vision, d’audition, un électrocardiogramme, un électroencéphalogramme, des radios… Il faut aussi réussir des tests physiques, à mon époque, c’est-à-dire, il y a une dizaine d’années, on était évalué sur des épreuves de natation, un sprint, de l’endurance, du grimpé de corde. Mais, cela a évolué aujourd’hui.

Quelles ont été vos motivations ? 
A la base, c’est la passion pour l’aéronautique. Au fur et à mesure que l’on avance dans ce métier, on est un peu plus dans l’action. La montée d’adrénaline liée à l’opérationnel est aussi un élément important. Même si l’on voit des profils de sportifs, on se rend compte, qu’il faut surtout avoir de la résistance. La gestion des contraintes physiques de ce métier s’acquière par l’entraînement.

Quel a été votre cursus ?
Tout d’abord, trois ans d’Ecole de l’air à Salon-de-Provence. C’est une formation de type école d’ingénieur classique plus un volet militaire avec du sport. C’est bien sûr une formation orientée aéronautique, avec un peu de pilotage, de l’initiation à l’aéronautique. Après ces trois ans, j’ai passé l’ATPL (Air Transport Pilot Licence) qui est une qualification civile qui apporte un socle solide sur la théorie aéronautique, pendant huit mois. Ensuite, on entame une autre série de formations pratiques de pilote plus ou moins longue. Au démarrage, sur des petits avions, on apprend les bases, décoller, naviguer dans un environnement simple, puis les bases de la voltige aérienne. On monte en compétence en apprenant sur des avions de plus en plus évolués et on change de base au cours de cette formation. Personnellement, je suis allé trois mois à Salon-de-Provence, un an à Cognac, huit mois à Tours, sept mois à Cazaux puis cela se termine en amphi où l’on choisit son avion et sa base.
Ainsi, entre mon entrée en formation à l’Ecole de l’air et mon intégration dans une fonction opérationnelle comme pilote de chasse, il s’est écoulé huit ans.
Mais, il y a deux types de cursus, soit comme celui que j’ai suivi, soit après le Bac après une sélection sur dossier. Mais, il faut avoir conscience que les évolutions de carrières ne sont pas les mêmes.

Quels étaient vos atouts pour intégrer cette formation ?
Je pense qu’il faut travailler. Avoir le sens de l’effort. Etre persévérant. Ma formation s’est bien passée. Je ne me suis pas posé trop de questions. Je me suis dit : « Je tente et on verra bien ». Je pense qu’il ne faut pas se poser trop de questions, il faut travailler et avancer. Mais, il faut avoir conscience que c’est une formation longue et exigeante. On vole tous les jours et nous sommes soumis à une évaluation permanente.

En quoi consiste votre quotidien ?
J’ai obtenu ma qualification opérationnelle depuis 2018 où je suis devenu pilote de combat opérationnel. C’est la première qualification comme pilote de chasse. Mais la formation n’est pas terminée puisqu’il reste deux autres étapes majeures : la qualification de sous-chef de patrouille puis celle de chef de patrouille. Actuellement, je suis sous-chef de patrouille.
Nous alternons les phases d’entraînement et les missions. Actuellement, par exemple, je suis en phase de permanence opérationnelle, c’est une fonction de « police du ciel ». En fait, nous sommes alertés si par exemple, un avion quel qu’il soit, est en difficulté, s’il ne répond plus à la radio. En permanence opérationnelle, nous avons un rôle d’assistance, mais aussi de contrôle, si un avion se trouve dans une zone interdite.
Ainsi, pour résumer, notre quotidien se répartit entre l’entraînement, la permanence opérationnelle 24h sur 24 pendant une semaine, le déploiement lors d’opérations à l’étranger et des exercices.
La part du vol dans l’entraînement au sein de notre base varie entre trois à quatre vols par semaine, mais cela peut être plus. Chaque vol dure environ 1h30.

Quelles sont les principales difficultés ?
C’est exigeant, mais pas physiquement. C’est plutôt l’emploi du temps qui est contraignant. Mais, c’est la vie de beaucoup de militaires. Il y a des départs fréquents et loin. En dehors des vols, nous avons aussi des tâches administratives qui demandent beaucoup de temps.

Entre hard skills et soft skills quelles sont les compétences les plus importantes pour faire face à ce métier atypique ?
L’important, c’est de savoir s’adapter aux exigences du travail. C’est par l’expérience que l’on devient compétent. Mais, il faut être rigoureux car, nous pilotons une machine compliquée, sophistiquée. C’est un métier qui ne laisse pas de place au laxisme.

Comment se passe l’affectation à telle ou telle base ?
L’affectation initiale s’obtient par rapport à son classement. Puis, les mutations dans les différentes bases dépendent des postes. Actuellement, il y a six bases françaises dotées d’avions de chasse, Mont de Marsan, Saint-Dizier, Nancy, Orange, Luxeuil et Cazaux.
A Mont de Marsan, nous volons sur Rafale. Petit à petit, le Rafale remplace le Mirage 2000. C’est la DRH qui décide des affectations.

Si vous deviez recommencer votre cursus, qu’est ce que vous changeriez pour être plus efficace, plus adapté à vos missions ?
Je ne changerai rien, car le passé c’est le passé. J’ai suivi la formation que je souhaitais et je suis satisfait du cursus car la formation est bien faite.

Des anecdotes sur votre métier ?
Je trouve très sympa de participer à des exercices et d’échanger avec des pilotes d’autres pays. Nous avons un cadre commun, celui de notre métier de pilote de chasse.

Propos recueillis par Claude Bigeon

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Suite à ce portrait, vous seriez tenté(e) de découvrir le métier du Capitaine Serge ? Vous pouvez par exemple faire un baptême de l'air en avion de chasse chez Sport Découverte et monter à bord d'un Fouga Magister, un ancien avion d'entraînement pour pilotes de chasse.


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