Marine Wiktorowicz : Ingénieur calculs chez Collins Aerospace

Claude Bigeon
19/03/2020 | 1995 mots | AEROCONTACT | CARRIÈRE
Marine Wiktorowicz : Ingénieur calculs chez Collins Aerospace © Marine Wiktorowicz ph. Collins Aerospace

A 27 ans, Marine Wiktorowicz exerce le métier d’ingénieur calculs de structure au sein de la direction technique du site Actuation Systems de Collins Aerospace, à Saint-Ouen-l’Aumône. Collins Aérospace, cet équipementier historique est issu, de la fusion, en 2018, de UTC Aerospace Systems et de Rockwell Collins. Rencontre avec une jeune femme passionnée.

Quel a été votre parcours en termes de cursus et d’expérience professionnelle ?

J’ai fait un Bac S, puis j’ai intégré directement l’UTC, sans passer par les prépas. En fait, cette envie de devenir ingénieur est assez ancienne. Depuis que je suis en 5e, je voulais être ingénieur car je suis passionnée de F1. J’ai découvert le métier d’ingénieur à travers le sport auto. Lorsque j’étais en 3e, lors d’une journée porte ouverte à l’ESTACA, j’ai rencontré la présidente de l’association Elles bougent, dont l’action débutait pour promouvoir les métiers de l’ingénieur auprès des jeunes filles.

Donc, j’ai poursuivi mon cursus à l’UTC de Compiègne, une école d’ingénieur généraliste, puis je me suis spécialisée dans le génie mécanique. Quand j’ai postulé à l’UTC, j’avais dans l’idée de travailler dans l’univers de l’automobile, dans la F1. Mais, quand j’ai découvert les matériaux composites, j’ai vu le lien avec l’aéronautique, celui de mettre au point des matériaux légers et robustes. Mon intérêt pour l’aéronautique s’est ensuite confirmé grâce à l’association Elles bougent qui m’a permis de découvrir Safran lors d’un forum Réseaux et carrières au féminin.

L’UTC est une école généraliste qui nous fournit un premier socle de connaissances pour tous les domaines mécaniques, puis mes stages m’ont permis de me spécialiser. Ainsi, j’ai effectué un stage de fin d’études chez Safran composites comme ingénieur calculs. Puis j’y ai été embauchée et j’y ai passé mes trois premières années comme ingénieur calculs dans le domaine de la recherche. Lors de cette première expérience, mon travail consistait à modéliser de nouveaux matériaux puis à les inclure dans les modèles 3D en mettant en place une chaine de dimensionnement. Après ces trois années, je souhaitais découvrir, d’autres aspects, le développement et la production chez Collins Aerospace.

Vous êtes ingénieur spécialisé en analyses mécaniques. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste votre fonction ?

C’est un métier transverse où l’on travaille avec la plupart des services techniques en recherche, développement et production. En recherche, cela concerne des projets d’ici à quatre à cinq ans où nous travaillons avec un ingénieur d’études pour déterminer la faisabilité des différents choix, montrer la faisabilité d’un brevet à travers les calculs.

En développement, l’avionneur nous soumet un appel d’offres et nous devons lui répondre en concevant un produit avec le bureau d’études et l’ingénieur produit. Nous devons alors trouver une solution qui doit valider la bonne tenue mécanique. Si nous n’utilisions pas cette méthode par les calculs nous devrions tester par essais une multitude de solutions ce qui peut constituer une perte en terme d’argent et de temps. Cela permet donc d’optimiser le choix pour déterminer la meilleure solution qui sera ensuite validée par essai.

En production, nous intervenons en cas d’aléa sur une pièce, par exemple en cas de rayure ou si une pièce est tombée. On peut intervenir en urgence s’il y a une série de plusieurs pièces où l’on détecte un défaut. En maintenance ou en cas de rupture de pièce, nous allons chercher pourquoi il y a eu un problème sur une pièce et proposer une solution pour améliorer sa durée de vie.

Quel est votre quotidien ?

En recherche, développement ou production, nous traitons des différentes actions des chefs de projet. Nous utilisons des logiciels d’éléments finis en incorporant la géométrie de la pièce, ses matériaux, son chargement représentatif de la réalité, des bonnes conditions aux limites puis nous lançons le calcul. Ensuite, il faut savoir « post traiter » ces résultats par rapport à la résistance des matériaux. Pour cela, nous nous appuyons sur nos connaissances : Pour comprendre la rupture d’une pièce en service, il faut vérifier que la zone critique fournie par le calcul corresponde bien à la réalité. Il faut alors s’assurer que les conditions aux limites soient représentatives de la réalité. Et si j’ai un problème, je peux descendre jusqu’à la production pour comprendre ce qu’il s’est passé ou consulter un expert. Il faut interagir avec le reste de l’équipe. Une fois que j’ai validé le modèle, je donne ma réponse, ma solution pour répondre à la demande qui m’a été posée. C’est un travail qui nécessite tout à la fois de travailler avec des logiciels spécialisés et en interaction avec les autres. Le relationnel est assez important pour discuter des résultats et prendre les bonnes décisions.

Quelle est la particularité de votre métier du fait que vous l’exerciez au sein de Collins Aerospace ?

Ce qui m’a attiré chez Collins Aerospace, c’est que le service calculs aborde tous les domaines, c’est-à-dire, la recherche, le développement et la production. Tout est sur le même site. L’avantage, d’être transverse, c’est que l’on travaille en recherche, en développement et en production. Dans d’autres structures, il peut y avoir séparation entre les différents départements, un service des calculs pour chaque secteur.

Nous sommes une ETI adossée à un grand groupe. Ce qui est intéressant, pour un jeune, c’est que quand nous sommes sur un projet, nous ne sommes pas un pion, mais nous voyons le projet en entier. C’est lié au fonctionnement de l’entreprise.

Quelles sont les qualités nécessaires pour être efficace à votre poste ?

C’est un poste transversal avec des aspects communication et relationnel très importants. Il faut aussi avoir de la curiosité d’esprit. Les logiciels d’éléments finis sont assez complexes. Chaque configuration possède sa spécificité. Il faut aller chercher tous les aspects du logiciel. Quand je parle de curiosité, cela signifie aussi, qu’il faut se mettre à jour, et aller voir par exemple, les nouvelles thèses. Tout cela concerne les soft skills. Mais le savoir faire est bien sûr capital. Il faut une véritable culture mécanique. Connaître la résistance des matériaux. Quand, nous travaillons sur des nouveaux matériaux, il faut faire des essais et travailler en étroite collaboration avec le service des matériaux. On en apprend tous les jours sur les pièces, les matériaux. Les spécifications évoluent aussi. Cela oblige à chercher des solutions, à ne pas rester dans sa zone de confort. Il faut savoir s’adapter, c’est capital.

Pensez-vous que votre formation initiale était la plus adaptée ou si vous recommenciez, auriez-vous fait un autre choix dans vos études ?

Ma formation était tout à fait adaptée. Mais, dans la réalité, plein de formations peuvent répondre aux exigences de ce métier. Je suis issue d’une école d’ingénieur généraliste, ce n’est pas la même formation qu’une école d’ingénieur spécialisée dans l’aéronautique mais elle répond aux mêmes attentes. Mais, personnellement, j’avais la fibre des matériaux puis j’ai eu des cours sur les composites. L’UTC offre une formation généraliste sur la mécanique, les matériaux. L’école d’ingénieur affine notre curiosité et notre capacité d’adaptation. Puis, les stages nous permettent de mobiliser ces connaissances générales et de nous spécialiser.

Quelles sont vos perspectives d’évolution ?

Quand on entre dans ce métier, il y a deux grandes évolutions possibles. Soit on reste dans la technique pour devenir expert, soit on s’oriente plus vers le management. Ainsi, on peut devenir ingénieur produit pour accéder à la fonction d’ingénieur en chef. Personnellement, j’aimerais bien m’orienter vers la gestion de projet. Quand j’ai intégré Collins Aerospace, c’était pour travailler dans la technique, mais pourquoi pas évoluer vers le management.

Parlez nous de Elles bougent ?

C’est une association qui se bat pour plus de mixité dans les métiers de l’ingénieur auprès des jeunes filles en collège et lycée. C’est une très bonne chose, car même aujourd’hui les filles n’osent pas aller vers des métiers d’ingénieur dans des univers comme celui de l’aéronautique. Je pense qu’il y a eu une belle évolution, mais ce n’est pas fini. Personnellement je suis très contente d’être ingénieur dans l’aéronautique. Je ne ressens pas de clivage homme/femme.

Propos recueillis par Claude Bigeon

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