OpenAirlines : des solutions pour réduire la consommation de carburant

Claude Bigeon
09/04/2020 | 1781 mots | AEROCONTACT | CARRIÈRE
OpenAirlines : des solutions pour réduire la consommation de carburant © Alexandre Feray CEO d’OpenAirlines. Ph. OpenAirlines

OpenAirlines propose des solutions concrètes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre produites par les compagnies aériennes. Une démarche environnementale et économique imaginée par Alexandre Feray et son équipe. Rencontre avec le CEO et fondateur de cette encore jeune entreprise française. Un ingénieur et entrepreneur passionné d’informatique motivé par la préservation de la planète.

Est ce que vous pourriez vous présenter. Quel a été votre cursus et votre parcours professionnel ?

Je suis informaticien. Déjà adolescent je programmais et j’avais développé un langage généraliste, Forth, commercialisé par Apple dans les années 80. Quand, j’étais jeune, ce qui m’intéressait, c’était la programmation. Après des études d’ingénieur à Centrale Paris avec une spécialisation informatique, j’ai décroché mon premier job aux Etats-Unis, à New York, chez IBM Research. C’était l’époque de la première messagerie électronique multimédia sur internet en 1992-93. De retour en France, j’intègre le centre de recherche d’Alcatel. Puis en 1999, je découvre l’univers aéronautique, en entrant chez Air France, au centre de contrôle des opérations (CCO) comme architecte informatique où j’ai développé notamment des logiciels d’aide à la décision pour la gestion des vols. Mais, en réalité cet « Etat-major opérationnel » de la compagnie était aussi en charge de tout ce qui se passe au « jour J » y compris le personnel navigant, commercial et la maintenance. C’est un peu le cœur de la compagnie. Ainsi, j’ai pu avoir une compréhension transversale de la compagnie. Puis, je suis passé sur la gestion du personnel navigant, comme responsable d’une ligne de produits informatique. Fin 2006, je quittais Air France pour créer OpenAirlines.

Quelle a été votre motivation lors du lancement d’OpenAirlines ?

Je me plaisais beaucoup chez Air France, mais depuis que je suis adolescent, j’avais envie d’entreprendre dans l’informatique. A 38 ans, c’était le bon moment. Je n’avais pas d’idée très précise mais une sorte d’intuition. Je connaissais bien les compagnies aériennes et j’avais conscience de la nécessité de moderniser le système de gestion des navigants. En fait, l’envie d’entreprendre et des compétences techniques. Des idées, mais pas assez d’assise financière, car j’avais posé ma démission et je n’avais que 20 000 euros d’économies personnelles. Alors, logiquement, j’ai commencé par faire du conseil auprès des compagnies aériennes pour l’optimisation du planning des navigants, déjà sous le nom d’OpenAirlines. A l’époque, en 2007, j’étais tout seul. Mais, au bout d’un an, l’activité, m’a permis d’embaucher une personne, puis une autre. Nous avons « brainstormé » sur un projet de logiciel qui permette d’avoir des indications sur la qualité d’un planning. La complexité d’un planning de navigant c’est de prendre en compte, les compétences, les qualifications… car c’est une activité très réglementée. Un planning qui fonctionne doit prendre en compte les aspects opérationnels, économiques et sociaux. Voilà comment nous avons créé Crew Intelligence.

Moi-même adepte de la montagne, je suis sensible à une approche environnementale et je pensais que ce sujet s’imposerait aussi aux compagnies. En effet, nous étions à l’époque d’une discussion autour de la taxe carbone pour les compagnies aériennes. Le Système EU ETS a été mis en place en 2010. Cela impose aux compagnies aériennes européennes de compenser leurs émissions de CO2. En 2008-2009, je m’intéresse à cet aspect et j’aide les compagnies dans ces calculs des émissions de CO2, puis dans leur réduction. L’idée c’est d’utiliser toutes les données des boites noires avec un algorithme qui utilise les big data et l’intelligence artificielle pour vérifier si un vol a été optimal. C’est une analyse a posteriori pour détecter et mettre en place des bonnes pratiques en termes d’économie de carburant. Ce logiciel permet d’apporter des recommandations sur les pratiques des pilotes et lors de la maintenance.

Pour donner des exemples précis de nos préconisations pour permettre des économies de carburant, lors du décollage, le pilote peut accélérer plus tôt pour avoir de meilleures conditions aérodynamiques, donc moins de consommation. De même, lors de la descente, l’avion traditionnellement descend par palier, mais s’il descend de manière continue, il consommera moins.

Au départ de cette aventure, quel était le principal challenge ?

Le principal challenge, c’était la complexité de la R et D, très sophistiquée qu’il fallait réaliser avec des moyens réduits. Nous avons obtenu des subventions dans le cadre du projet européen et développé notre projet de manière collaborative avec Transavia et en échangeant avec ses pilotes.

Nous avons pu atteindre notre équilibre  et les produits sont devenus suffisamment intéressants en 2013. Ainsi, Transavia a été la compagnie de lancement de notre logiciel SkyBreathe. Il fallait ensuite convaincre les autres compagnies aériennes de la pertinence de notre outil.

Entre le démarrage et aujourd’hui, comment décririez-vous l’évolution d’OpenAirlines ?

Désormais, nous avons 40 clients, compagnies aériennes sur tous les continents. Au début, nous étions une petite équipe de 4, 5 personnes. Maintenant, nous sommes 42. Notre chiffre d’affaires est réalisé à 80% à l’international. Hormis, notre siège à Toulouse, nous avons une filiale à Hong Kong et une autre à Miami.

Selon vous, quels sont vos points forts ?

Notre logiciel repose sur l’innovation et nous fonctionnons en mode agile et en proximité avec le client. A l’époque on ne parlait pas encore de startup, mais c’était déjà notre culture.

Et vos difficultés ?

Nous avons souvent plus d’idées que de bras. Nous avons des difficultés à recruter dans le domaine de l’informatique et de la data science. Les jeunes sont attirés par les entreprises de type startup et notre mission environnementale est bien ressentie notamment au sein des écoles comme SUPAERO et l’ENAC. Mais, il y a de la tension dans ces types de recrutement. On va voir quel sera l’impact de la crise sanitaire actuelle sur les compagnies aériennes.

Notre nom et notre taille peuvent être un frein pour les grosses compagnies, mais cela s’atténue avec les retours clients. Et il y a un autre phénomène, c’est la tendance de voir des grosses entreprises s’appuyer sur des startups.

Quelle sera l’évolution d’OpenAirlines ?

Aujourd’hui, d’un point de vue commercial, nous sommes en phase ascendante avec un chiffre d’affaires qui augmente de 40% par an. Depuis deux ans, nous développons d’autres produits comme SkyBreathe OnBoard avec une nouvelle version développée sur tablette. L’idée est d’avoir cet outil à bord pendant le vol pour apporter au pilote des recommandations en temps réel. Le produit est prêt et nous réalisons les premiers essais en vol cette année. Cet outil est conçu pour donner la bonne information au bon moment, sans faire perdre de temps au pilote. C’est une aide qui doit être la moins « envahissante » possible.

Nous allons également nous pencher sur une autre problématique, celle du contrôle aérien. Toujours avec l’idée d’aider le contrôle aérien dans une démarche environnementale pour que l’organisation du trafic produise moins de gaz à effet de serre. Notre leitmotiv est le même : réduire la consommation de carburant.

Avez-vous autre chose à ajouter ?

En 2018, nous avons été une des premières startups labélisée Solar Impulse sur des critères qui mélangent la protection de l’environnement et sa viabilité économique. J’ai pu présenter ma solution à Bertrand Piccard qui m’a donné l’idée de lancer un challenge d’éco-pilotage par entreprise dont il serait le parrain. Les pilotes sont passionnés par leur métier et sont tout d’abord concentrés sur la sécurité et le confort de leurs passagers, mais également par l’aspect environnemental de leur activité. Il faut agir sur tous les aspects : la préparation du vol, le pilotage et la maintenance de l’avion pour réduire la consommation de carburant.

Propos recueillis par Claude Bigeon


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