Habiter Venus : le projet audacieux de Thibaut Pouget (IPSA promo 2017)

IPSA

22/07/2021 | 2156 mots | AEROCONTACT | INDUSTRIE TECHNOLOGIE
Habiter Venus : le projet audacieux de Thibaut Pouget (IPSA promo 2017) © IPSA

Il n'y avait pas qu'Emma et Hugo à participer à la dernière édition du GLEX, le congrès spatial international organisé cette année à Saint-Pétersbourg :  Thibaut Pouget (IPSA promo 2017) était aussi du voyage. Cet Ancien, aujourd’hui ingénieur certification qualification hélicoptère chez Alten, y présentait un projet aussi passionnant que créatif de mission habitée de Venus, une planète qui le fascine depuis de nombreuses années.

QUEL A ÉTÉ VOTRE PARCOURS APRÈS L’IPSA ?

Thibaut Pouget : J’étais aussi bien attiré par le spatial que par l’aéronautique. Si bien que juste après mon stage de fin d'études effectué à Bordeaux au sein d’ArianeGroup, j’ai été embauché par Alten afin de travailler à Marignane sur la certification d’hélicoptères auprès d’Airbus Helicopters. Cela consiste à s’occuper de toutes les modifications apportées à l’appareil. En effet, dès qu’une modification est décidée, elle doit être approuvée par les autorités compétentes – les autorités européennes, bien sûr, mais également celles d’autres pays en cas d’export de l’hélicoptère concerné. Il faut donc récupérer tous les documents et toutes les descriptions se référant à cette modification, les comprendre, puis préparer un document afin de l’expliquer aux autorités. Dans le cas de l’Europe, si la modification demandée est importante, on discute alors directement avec l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA). Si ces modifications sont des sujets mineurs, nous avons ce qu’on appelle « une délégation de privilège » qui nous permet de les approuver au nom de l’EASA. Pour être plus précis, je travaille sur les périmètres de la gamme 175 et m’occupe des livraisons des dernières machines pour la gamme Dauphin – dans ce cas, il s’agit de vérifier si toutes les modifications sont approuvées et de faire en sorte que celles qui ne le sont pas encore le deviennent.

FINALEMENT, VOTRE TRAVAIL EST ASSEZ ÉLOIGNÉ DE VENUS ! COMMENT VOUS ÊTES-VOUS RETROUVÉ À PARTICIPER AU GLEX ?

En fait, depuis l’âge de 12 ans, j’ai développé une passion pour le spatial et, étrangement, pour la planète Venus en particulier. Très tôt, j’ai commencé à imaginer des projets la concernant, puis j’ai justement profité de mes années d’études à l’IPSA pour faire des recherches plus poussées – quand on est en école d’ingénieurs, on peut facilement avoir accès à des outils utiles pour le calcul, le dimensionnement, la modélisation 3D, etc. Tout s’est ensuite accéléré en 2017, après mes études. Durant mon temps libre, j’ai d’abord attaqué un premier projet de mission habitée de Venus, le projet Vesta. Il s’agissait alors juste d’un PDF que je partageais par-ci, par-là. Un an plus tard, je créais le site Internet venautics.space, pour partager le projet Vesta, mais aussi donner pas mal d’informations sur Venus et le spatial. Enfin, l’an dernier, j’ai fait cette fois un projet de colonisation de Venus. Et puis il y a quelques mois, un ami IPSAlien connaissant ma passion me parle du GLEX. Je me dis alors qu’il serait intéressant de proposer un papier sur une mission habitée vers Venus car, s’il y a beaucoup de projets liés à Mars, ce n’est pas le cas pour Venus. Mon but était de « faire » et calculer une mission type pour, sans rentrer dans les détails, voir quels seraient les besoins pour accomplir une telle mission. Je fais donc un abstract et postule en janvier au GLEX, avant de recevoir une réponse positive en mars. J’ai alors finalisé l’étude que j’avais commencée et préparé la présentation afin de participer à l’événement.

COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS CETTE PASSION POUR VENUS ?

Cela, je n’en sais rien ! D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été attiré par le spatial, plus par les technologies que par l’astronomie d’ailleurs. Je crois que Venus a commencé par m’intéresser car, enfant, il me semblait qu’il suffisait de « tomber » de la Terre pour arriver dessus ! (rires) Évidemment, c’était du grand n’importe quoi, mais cela m’a donné envie de faire des recherches sur elle et je n’ai jamais arrêté depuis. Ce qui est bien avec cette planète, c’est paradoxalement le manque d’informations à son sujet. En comparaison avec Mars qui est au cœur de nombreuses études, avec déjà énormément de sujets abordés, Venus ressemble à un terrain vierge où la majorité des solutions restent à inventer.

QUELLES SONT LES CARACTÉRISTIQUES QUI FONT QUE VENUS EST SI SPÉCIALE ?

Elles sont nombreuses. Déjà, il y a le temps de trajet entre la Terre et elle ! Beaucoup de gens ignorent que Venus est la planète la plus proche de la nôtre. De ce fait, les « fenêtres de tir » sont plus rapprochées pour s’y rendre. Un deuxième point intéressant, c’est sa taille : comme elle est assez similaire à celle de la Terre, la gravité y est semblable. Cela signifie que pour « repartir » de Venus, il faut une fusée comparable à celles que l’on utilise pour quitter la Terre. Un troisième point notable concerne son atmosphère, bien plus épaisse que la nôtre : à la surface, il fait 500° et 90 bars de pression ! De fait, il est très compliqué d’imaginer rester en surface. Par contre, à 50 km d’altitude, se trouve une couche d’atmosphère ayant la même pression et température que la surface de la Terre. D’où mon idée pour une mission habitée : il faudrait arriver sur Venus avec parachutes et des ballons à gonfler pendant la chute pour se stabiliser dans cette région atmosphérique pour ensuite vivre en quelque sorte dans des dirigeables. C’est un peu compliqué, bien sûr, mais il y a aussi des possibilités intéressantes, comme la présence de nuages d’acide sulfurique permettant de s’approvisionner en eau ou le fait d’avoir une atmosphère au-dessus de la tête, ce qui protège des radiations comme des météorites.

EFFECTIVEMENT, ON EST LOIN DU MODÈLE MARTIEN !

Oui. D’un point de vue technique, Mars est à mi-chemin entre la Lune et la Terre de par une atmosphère très peu épaisse et une gravité moins forte. Pour s’y rendre, il convient donc d’avoir des rétrofusées et, pour y vivre, de porter en permanence un scaphandre et d’y installer des habitats pressurisés, un peu comme dans le vide spatial. En comparaison, et même si cela nécessite de développer des « dirigeables » spéciaux, la vie dans cette zone atmosphérique de Venus est plus simple. Mais pas à la surface où c’est la mort assurée ! L’autre avantage de ces habitats vénusiens spécifiques, c’est leur poids, la paroi du module ne servant qu’à séparer l’atmosphère intérieure de l’extérieure et non à supporter une grande différence de température et de pression. Enfin, l’air de Venus, composé de CO2, étant plus lourd que celui respirable de la Terre, composé d’azote et d’oxygène, on pourrait facilement remplacer l’hélium des dirigeables par de l’air respirable. Il faut juste imaginer vivre dans de grandes bulles !

COMMENT AVEZ-VOUS VÉCU LE GLEX ?

Si le but du GLEX était d’en mettre plein les yeux au passionné que je suis, cela a très bien fonctionné ! L’organisation était superbe, avec des lieux magnifiques… J’y ai aussi apprécié les annonces, les nombreux débats techniques, mais surtout les rencontres. Sur place, tout est fait pour faciliter les échanges, les discussions entre les participants. On va de rencontre en rencontre, de sujet passionnant en sujet passionnant… C’est très intense ! Par exemple, j’ai pu m’entretenir avec les porteurs d’un projet souhaitant installer des ballons sur Mars ou découvrir un autre type de mission habitée sur Venus, qui m’a semblé intéressant également. Bien entendu, même si j’étais venu pour parler de Venus, je ne me suis pas empêché de discuter de nombreux autres sujets !

QU’EST-CE QUI VOUS A LE PLUS IMPRESSIONNÉ ?

Difficile à dire tellement il y a eu de choses… En plus de l’autre projet vénusien, je retiendrais peut-être le grand débat, passionnant, sur l’économie autour de la Lune. Si l’on arrive à faire quelque chose d’intéressant avec la Lune, cela nous ouvrirait plus facilement encore les portes pour voyager ailleurs, sur Mars, Venus et d’autres destinations plus lointaines.

SUR LINKEDIN, ON PEUT VOIR QUE VOUS FAITES PARTIE DE LA FÉDÉRATION OPEN SPACE MAKERS. DE QUOI S’AGIT-IL ?

Oui ! J’en fait partie depuis un peu plus d’un an et c’est d’ailleurs pour le compte d’Open Space Makers que j’ai réalisé ma présentation lors du GLEX. Il s’agit d’une initiative du CNES pensée pour permettre à tout le monde de participer à des projets en open source. Les personnes de cette fédération cherchent notamment à développer des prototypes sur Terre pour ensuite les envoyer dans l’espace, comme par exemple le projet MarsProof qui vise à développer des prototypes de système de production in situ pour Mars, un projet de lanceur orbital open source, un autre de récupération d'étage supérieur pour le CNES ou encore un projet de cloud en orbite… Son président, Damien Hartmann, étant très intéressé par Venus, il m’avait contacté pour justement monter un groupe thématique autour de cette planète. Peut-être que cela permettra de lancer des projets ou donner de nouvelles idées !


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